Ordre Reaux Croix

Histoire

Depuis des temps immémoriaux, il existe une tradition, ou plutôt une perspective sur la tradition, que l’on nomme ésotérisme. Le terme dérive du grec esôterikos, signifiant « ce qui est intérieur », et désigne à la fois ce qui est recherché au-dedans, ainsi que la société secrète des initiés. Cette voie intérieure est celle des mystiques, qui recherchent l’illumination et l’union avec leur source divine. Non pas dans le monde extérieur, mais en eux-mêmes. Toutes les religions, tant en Orient qu’en Occident, renferment un noyau intérieur où les matières de la mystique sont vénérées comme le véritable esprit de la vie religieuse.

La tradition ésotérique occidentale, dont le martinisme est une part essentielle, embrasse une grande richesse de courants, tels que le gnosticisme, l’hermétisme, la théurgie, l’alchimie et la kabbale.

La tradition martiniste compte trois fondateurs qui exposèrent tous le même enseignement. Ce qui leur était commun était leur enracinement dans une tradition ésotérique occidentale de la gnose, où l’homme doit se racheter de ce qui l’empêche de parvenir à l’illumination, à la connaissance de soi et à la liberté : ce que nous appelons le processus de Réintégration.

Cette tradition a pris plusieurs formes jusqu’à ce qu’elle soit réunie sous une même bannière, en un seul ordre : l’Ordre Reaux Croix.

Au cours de 250 ans, le martinisme a coulé comme un fleuve aux multiples bras à travers la pensée, la philosophie, l’art et l’ésotérisme européens, et a inspiré ce que son fondateur Martinez de Pasqually appelait l’homme de désir à défier le froid néant du monde, et à raviver un feu là où les ténèbres ont enraciné leur emprise.

Origines

L’origine la plus ancienne de la Tradition Martiniste est incertaine, mais elle fut d’abord organisée en Ordre en France en 1767 : Ordre des Élus Coën — l’Ordre des Prêtres Élus.

Le fondateur de la tradition fut Martinez de Pasqually, avec ses deux disciples Louis-Claude de Saint-Martin et Jean-Baptiste Willermoz. En raison de la similitude des noms des deux premiers, la tradition finit par être surnommée « martinisme » par le public.

Durant le premier siècle de la tradition, ces deux disciples donnèrent naissance à deux autres mouvements. Willermoz fonda l’Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte (souvent appelé le Régime Écossais Rectifié), et Saint-Martin donna naissance à la Voie Cardiaque — la Voie du Cœur.

Ces trois traditions étaient toutes fondées sur les mêmes enseignements, mais les transmettaient à travers différents systèmes d’initiations et d’instructions, adaptés à différents destinataires et à leurs besoins. Ce qui leur était unique à toutes, en leur temps, était qu’elles étaient ouvertes aux hommes comme aux femmes. En tant qu’ordres, elles étaient indépendantes, mais travaillaient aussi en étroite relation les unes avec les autres.

En raison de la conviction fondamentale du martinisme quant à l’inviolable sacralité de l’individu, à l’égalité de l’humanité et à notre droit de rechercher le développement spirituel, ses membres furent persécutés durant les révolutions française et russe, ainsi que durant la Seconde Guerre mondiale. Plusieurs martinistes furent envoyés dans des camps de concentration, ou exécutés.

Martinez de Pasqually

Martinez de Pasqually

Pasqually était à l’origine un grenadier d’ascendance espagnole, né à Grenoble, en France, quelque part entre 1710 et 1727.

C’était une époque où le catholicisme était la seule religion légale en France, et où les vastes différences sociales de son temps ouvraient la voie non seulement à la sanglante révolution, mais aussi au siècle des Lumières qui devait la suivre.

Son père était originaire d’Alicante, et la famille était réputée avoir été au service de l’Inquisition.

Les sources de ses enseignements demeurent un mystère, mais nous savons que son père était franc-maçon, et selon une charte maçonnique que Pasqually présenta à la Grande Loge de France, il reçut de son père l’autorité de Député Grand Maître avec le droit de fonder et de gouverner ses propres loges. Son père l’avait pour sa part reçue du prince jacobite Charles Édouard Stuart, datée de 1738. — La même année où le pape Clément XII publia sa bulle « In Eminenti » interdisant à tous les catholiques de devenir francs-maçons. Cette règle fut reconfirmée en 1983 par le cardinal Joseph Ratzinger, plus tard pape Benoît XVI.

Le père de Pasqually initia son fils à la franc-maçonnerie et, en vertu de l’autorité de la charte, transféra les mêmes droits à son fils.

Dans certaines de ses lettres, Pasqually écrit qu’outre son père, il fut également instruit par une personne qu’il appelle son maître plus âgé, mais qu’il ne nomme jamais.

Bien que cela ne soit pas improbable, cela ne peut actuellement être prouvé. Nous pouvons toutefois voir ce que lui-même étudiait :

Dans sa bibliothèque furent trouvés de nombreux ouvrages très rares sur le christianisme primitif, en particulier concernant le gnosticisme, mais aussi des œuvres alchimiques islamiques et des textes de philosophie hermétique et hellénistique classique. Le programme qu’il prescrivait à ses disciples était accablant, et ceux qui recherchaient « la pleine compréhension ésotérique » du premier grade de son ordre devaient être familiers des œuvres de Séverin Boèce, Pythagore, Celse, Platon, Averroès, Augustin, Jérôme, Origène, Ambroise, Grégoire de Nazianze, Athanase, Basile, Hilaire, Raban, Bède, saint Jean, Moïse, Socrate et Henri Corneille Agrippa. L’un des livres les plus usés qu’il laissa derrière lui était la première traduction française du Corpus Hermeticum, l’œuvre fondamentale de l’hermétisme. Sa bibliothèque contenait aussi de nombreux ouvrages rares sur la théurgie et la magie du Moyen Âge et de la Renaissance.

Dans une lettre du martiniste Rostro (Ernst Friedrich Hecktor Falcke, le maire de Hanovre) écrite en 1779, celui-ci écrit que Pasqually fut initié à une tradition de mystères que sa famille possédait depuis plus de 300 ans, et que les ancêtres de Pasqually avaient trouvée à l’époque où ils travaillaient pour l’Inquisition espagnole.

Que cela soit vrai est difficile à établir, mais cela pourrait constituer une explication possible de la bibliothèque considérable de livres ésotériques extrêmement rares dont Pasqually avait hérité, dont beaucoup figuraient à l’index des œuvres prohibées et interdites de l’Inquisition.

Franc-maçon dévoué mais déçu, il finit par fonder sa propre société initiatique secrète afin de transmettre ce qu’il considérait comme la tradition primordiale, avant que les machinations de l’Église orthodoxe ne l’aient supprimée. Il nomma son ordre l’Ordre des Chevaliers-Maçons Élus Coëns de l’Univers.

Son ordre et ses enseignements concernaient la véritable origine spirituelle de l’Humanité en tant que réceptacle de la Lumière Divine, ainsi que la voie mystique et magique.

Cela devait être atteint par une série d’étapes au cours desquelles l’initié était à la fois instruit, consacré et amené à œuvrer à une pratique théurgique en vue de sa propre purification spirituelle et corporelle. Ceux-ci étaient, et demeurent, les outils les plus importants pour les Élus Coën dans la quête de la gnose qui mène de l’ignorance matérielle à l’illumination spirituelle.

Depuis lors, nos enseignements ont été transmis par trois voies différentes : sous leur forme originelle à travers l’ordre cérémoniel des Élus Coën, et en second lieu comme un ordre de chevalerie morale et spirituelle dans les C∴B∴C∴S∴ — l’Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte.

Jean-Baptiste Willermoz

Jean-Baptiste Willermoz

Le créateur originel de l’« Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte » — ou C∴B∴C∴S∴ — fut Jean-Baptiste Willermoz (1730-1824), ami proche et disciple de Martinez de Pasqually :

Lorsque Pasqually mourut en 1774, les enseignements de son maître risquaient d’être perdus, et Willermoz décida alors d’utiliser un corps maçonnique comme véhicule pour les enseignements intérieurs et secrets de l’Ordre des Élus Coën.

Willermoz était un homme pragmatique, un brillant érudit ésotérique et un novateur.

Son œuvre de franc-maçon est d’une portée et d’une érudition fondamentales, mais elle a malheureusement été oubliée au fil des siècles. L’histoire le dépeint pourtant comme un ardent chevalier de la vérité, luttant pour rectifier la décadence des sociétés secrètes et le manque, en leur sein, d’un désir sincère d’illumination.

Le but des C∴B∴C∴S∴ est de permettre aux Chevaliers de suivre l’Imitation du Christ, et d’adopter une vie de chevalerie morale comme fondement de tout accomplissement spirituel. Poursuivant l’œuvre personnelle de reconstruction de ce qui fut jadis perdu, le travail des Chevaliers et des Dames de l’ordre est de manifester dans le monde les enseignements charitables du martinisme par des actes bienfaisants et désintéressés.

Les C∴B∴C∴S∴ sont ainsi la branche chevaleresque de la tradition martiniste, les pauvres chevaliers du Christ.

Louis-Claude de Saint-Martin

Louis-Claude de Saint-Martin

Saint-Martin, mieux connu sous le nom de « Philosophe Inconnu », est le dernier des trois fondateurs de ce que l’histoire en est venue à appeler le Martinisme. Étant le plus célèbre d’entre eux, la Tradition en vint à être désignée sous le nom de « Martinisme » dans son sillage.

Louis-Claude de Saint-Martin naquit dans une famille noble à Amboise, en France, le 18 janvier 1743. Il devint l’un des disciples de Martinez de Pasqually au sein des Élus Coën, ainsi que son ami proche et son secrétaire. Avec son ami de toujours Willermoz, il suivit sa propre voie pour approfondir celle de son Maître, et chercha à établir une voie silencieuse et mystique d’illumination spirituelle. — Non pas par la théurgie ou le rituel, mais par la « Voie du Cœur » intérieure.

Il commença à instruire des disciples selon ses propres enseignements, principalement influencés par la doctrine de Pasqually, mais plus tard aussi inspirés par les écrits du mystique chrétien Jacob Boehme. Il voyagea à travers toute l’Europe, et écrivit une abondante littérature, toujours sous son nom de plume « le Philosophe Inconnu » — enseignant que le silence et l’anonymat sont la véritable voie de l’Adepte qui entretient le Feu Sacré.

Saint-Martin s’éteignit le 13 octobre 1803, laissant derrière lui un grand nombre de disciples répandus à travers l’Europe, transmettant les enseignements à travers les siècles, au sein de petits cercles, et par des initiations intimes entre disciple et maître.

La Voie Cardiaque — la Voie du Cœur — est ainsi la branche mystique et contemplative de l’ORC, des racines de laquelle jaillissent les deux autres branches de l’Ordre.

Le sommet de ces enseignements est l’initiation que Saint-Martin décrit ainsi :

« La seule initiation que je prêche et que je cherche de toute l’ardeur de mon âme est celle par où nous pouvons entrer dans le cœur de Dieu, et faire entrer le cœur de Dieu en nous, pour y faire un mariage indissoluble qui nous rend l’ami, le frère et l’épouse de notre divin Réparateur. Il n’y a d’autre mystère pour arriver à cette sainte initiation, que de nous enfoncer de plus en plus jusque dans les profondeurs de notre être, et de ne pas lâcher prise, que nous ne soyons parvenus à en sentir la vivante et vivifiante racine. »

Les Temps Modernes

Dans l’après-guerre, les martinistes se retrouvèrent donc dispersés et isolés dans différentes parties du monde, souvent avec des rituels incomplets, des instructions diluées et une connaissance défaillante tant des enseignements originaux des traditions que les uns des autres. Une grande partie des enseignements était considérée comme perdue. Les loges et temples subsistants qui avaient perdu le contact étaient supposés dissous.

Plusieurs d’entre eux finirent par se réorganiser en de nouveaux ordres indépendants, dont beaucoup existent aujourd’hui. D’autres fusionnèrent une fois la guerre terminée, lorsque la communication par-delà les frontières redevint possible.

Durant le temps où ils furent séparés, cependant, des différences apparurent quant à leur organisation, aux fondements de leur système et à la manière dont il était enseigné.

Les tentatives de préserver et de restaurer la tradition avaient conduit à des erreurs et à des méprises s’écartant des valeurs fondamentales du martinisme originel, telles que l’exclusion des femmes, l’introduction d’idées religieuses populistes, de directives politiques, de pseudo-science et de préjugés à l’encontre des enseignements originaux et de leurs rituels.

ORC SEAL 5

La Fondation de l’Ordre Reaux Croix

En 2002, des martinistes norvégiens qui étaient dépositaires et détenteurs de la lignée des trois traditions décidèrent de les réunir sous une même bannière, en un seul ordre, où elles devaient être restaurées dans leur forme originelle, et devenir ainsi accessibles au sein d’une organisation unie, ouverte aux hommes comme aux femmes.

L’Ordre Reaux Croix fut fondé pour revenir à la source de la tradition : les enseignements des trois Maîtres qui l’établirent.

L’O∴R∴C∴ est donc dépositaire des trois branches et de leurs dérivés : les Élus Coën, les Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte — C∴B∴C∴S∴ — et la Voie Cardiaque.

Au cours de sa première décennie, l’Ordre a rassemblé des manuscrits et des rituels français, allemands et russes. Plusieurs d’entre eux étaient réputés perdus, ou totalement inconnus. Ainsi la tradition a-t-elle été méticuleusement restaurée et réactualisée pour notre temps.

Le martinisme est intemporel, l’ordre ne l’est pas. De même que l’original est conservé tel qu’il était, il a besoin d’être continuellement interprété et réinterprété au regard de l’époque dans laquelle nous vivons. De nouvelles études, traductions et publications d’œuvres martinistes constituent donc une poursuite essentielle de l’Ordre.

Le seuil de ce que nous percevons comme le martinisme originel commence pour chacun dans la plus jeune des traditions, la Voie Cardiaque — la Voie du Cœur —, où nous étudions la mystique, la méditation, la contemplation, l’alchimie intérieure et la théurgie simple.

Après avoir atteint le second grade, l’Initié peut demander à être reçu dans les deux traditions plus anciennes. Là, le travail s’approfondit par la théurgie dans les Élus Coën, ou par la philosophie ésotérique, l’éthique et la chevalerie dans les C∴B∴C∴S∴.

Le Souverain Conseil de l’Ordre siège en Norvège, où le Grand Temple administre les autres temples et cercles.

L’Ordre Reaux Croix compte aujourd’hui environ 200 membres, et est présent en Norvège, en Suède, au Canada, en Grèce, en Argentine, au Brésil, aux États-Unis et en Angleterre.

Les martinistes d’autres ordres sont les bienvenus pour nous rendre visite et participer à nos réunions. Ceux qui souhaiteraient rejoindre notre ordre peuvent le faire tout en conservant, bien entendu, leurs affiliations antérieures.

Pour en savoir plus, poursuivez votre lecture sur l’Ordre Reaux Croix, et sur la manière dont on peut solliciter l’initiation dans un ordre martiniste.